2022

20 avril Gilles et al., Volonté des personnes vivant avec le VIH en Suisse à participer à des essais de guérison du VIH


Volonté des personnes vivant avec le VIH en Suisse à participer à des essais de guérison du VIH.    JAIDS

Les récents progrès réalisés dans les thérapies cellulaires et géniques contre le cancer suggèrent qu'elles représentent des stratégies plausibles pour guérir le VIH. Cependant, les risques et contraintes associés à ces thérapies nécessitent une compréhension plus approfondie des attentes de ces traitements chez les personnes vivant avec le VIH.

L’objectif de cette étude fût de déterminer le ressenti des patients porteurs du VIH par rapport à ces traitements exigeants, et plus précisément, ce que représentaient pour eux la guérison, la recherche en général et les thérapies cellulaires en particulier. De plus, les chercheurs et chercheuses ont cherché à comprendre ce qui pourrait empêcher ou faciliter leur participation à ce type d’essai thérapeutique, notamment avec des thérapies cellulaires pour le VIH.

Le second objectif fût de mieux comprendre quels seraient les besoins des patients lors de la participation à des essais cliniques de ce type.

Afin de répondre à ces questions, ils ont réalisé des entretiens avec 15 personnes inclus dans l’Etude suisse de cohorte VIH (6 femmes et 9 hommes) et se rendant régulièrement aux consultations de l’unité VIH des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ou du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Les entretiens se sont déroulés en 2 temps:
1) un temps de discussion libre évoquant la guérison et la recherche
2) un temps de discussion sur les thérapies cellulaires après lecture d’une lettre d’information fictive contenant les différentes étapes d’un essai clinique sur les thérapies cellulaires pour le VIH.

Dans cette étude, il a été constaté que la plupart des patients avaient conscience que la guérison n'était pas garantie avec ce type de traitement, mais malgré cela, 6 des 15 ont considéré qu’ils pourraient y participer. Lors de ces entretiens, deux inquiétudes principales ont été exprimées par les participants:
- L'impact sur leur vie professionnelle et la peur d'être stigmatisé.
- Le fait que l'arrêt du traitement antirétroviral remettrait en cause l'équilibre actuellement atteint dans leur vie.

Il apparaît clairement que la décision de participer dépendrait finalement de leur compréhension de l'essai, de la disponibilité d'informations suffisantes et de la relation qu’ils ont avec les médecins traitants.

Un dernier élément qui permettrait de faciliter la participation aux essais cliniques serait l’anticipation des conséquences de l’interruption des traitements antirétroviraux, et plus globalement les conséquences de cette interruption sur leur santé.

PubMed

23 mars Bachmann et al., Pilotes virologiques et comportementaux de la transmission du VIH chez les HSH


Pilotes virologiques et comportementaux de la transmission du VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.     Clinical Infectious Diseases

La transmission du VIH est très hétérogène: La grande majorité des personnes vivant avec le VIH ne transmettent pas le virus à d'autres personnes, par exemple en raison d'un diagnostic précoce et d'un traitement antirétroviral efficace. D'un autre côté, certaines personnes ou groupes à risque sont responsables de manière disproportionnée de la transmission du VIH.

Une prévention efficace du VIH nécessite donc de connaître les facteurs de risque de transmission active afin de pouvoir appliquer de manière ciblée des mesures de prévention éprouvées telles que la prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP) et la stratégie "test and treat" - c'est-à-dire "tester et traiter".

Dans cette étude, une méthode phylogénétique a été utilisée pour caractériser, à partir de séquences génétiques virales anonymisées, les chaînes de transmission du VIH dans l'Etude suisse de cohorte VIH (SHCS) et notamment pour décrire leur croissance dans le temps sur une période de 10 ans. L'objectif était de distinguer les chaînes de transmission qui grandissent et celles qui ne grandissent pas.

Cette approche a permis de montrer que seule une très petite partie (moins de 5%) des chaînes de transmission se développait suite à de nouvelles infections par le VIH. Le taux de croissance de ces chaînes de transmission était associé aussi bien à la fréquence des charges virales non supprimées qu'à celle des rapports sexuels non protégés et des infections de syphilis. Cependant, à la fin de la période d'observation, environ la moitié des nouvelles infections sont survenues dans des chaînes de transmission où la charge virale était supprimée chez tous les individus diagnostiqués. Cela indique que ces infections ont été causées par des personnes non encore diagnostiquées.

Ces résultats prouvent le succès du "treatment as prevention" (traitement en tant que prévention) au niveau de la population et montrent que les infections par le VIH non diagnostiquées sont devenues de plus en plus importantes pour la transmission du VIH au cours des dernières années. Dans ce travail, nous avons pu identifier plusieurs chaînes de transmission qui se développent sans contenir de membres diagnostiqués avec une charge virale non supprimée. De telles chaînes de transmission pourraient fournir des indices importants pour de futures mesures de prévention.

PubMed

23 février Stader et al., Effet du vieillissement sur les concentrations des médicaments antirétroviraux


Effet du vieillissement sur les concentrations des médicaments antirétroviraux.   British Journal of Clinical Pharmacology

L’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH a considérablement augmenté grâce aux traitements antirétroviraux. Par conséquent, le nombre de personnes âgées vivant avec le VIH ne cesse de croitre. Les changements biologiques liés à l’âge peuvent modifier la manière dont les médicaments antirétroviraux sont transformés et éliminés cependant il existe peu de données à ce sujet puisque les personnes âgées sont généralement exclues des études cliniques.

Les modèles pharmacocinétiques physiologiques (PBPK) permettent de décrire mathématiquement la manière dont les médicaments sont absorbés dans l’organisme, transformés et éliminés ainsi que les paramètres démographiques d’une population donnée. Des modèles PBPK ont été développés pour simuler les concentrations de plusieurs médicaments antirétroviraux chez les personnes âgées. La performance de nos modèles PBPK a été vérifiée en comparant les concentrations d’antirétroviraux prédites par le modèle avec celles observées chez des participants âgés de l’Etude suisse de cohorte VIH (SHCS) dans le cadre d’une étude clinique.

La performance des modèles PBPK a pu être confirmée puisque les concentrations observées des antirétroviraux évalués (atazanavir/r, darunavir/r, dolutégravir, raltégravir, étravirine, rilpivirine, emtricitabine et ténofovir) se trouvaient systématiquement dans l’intervalle des concentrations prédites. Les modèles validés ont permis de démontrer que les concentrations maximales d’antirétroviraux augmentent jusqu’à 34% chez les personnes âgées par rapport à des adultes jeunes (20-24 ans). L’exposition des antirétroviraux augmente progressivement avec le vieillissement jusqu’à un maximum de 70% par rapport à des adultes jeunes.

Ces changements de concentrations s’expliquent par un déclin du flux sanguin dans le foie et les reins et de la capacité des reins à éliminer les médicaments avec l’âge. Les simulations suggèrent que le vieillissement modifie modestement les concentrations des antirétroviraux. Par conséquent, un ajustement de dosage des antirétroviraux n’est pas nécessaire chez des personnes âgées en absence de maladies pouvant influencer l’élimination des médicaments comme par exemple une insuffisance rénale, cardiaque ou hépatique sévères. Les modèles indiquent également que le vieillissement impacte les concentrations des antirétroviraux de manière similaire chez les hommes et les femmes ainsi que pour différentes ethnicités.

PubMed

21 janvier Castillo-Mancilla et al., Adhésion incomplète au traitement anti-VIH et les évènements cardiovasculaires et la mortalité


Association entre une adhésion incomplète au traitement antirétroviral (anti-VIH) avec les évènements cardiovasculaires et la mortalité chez les personnes vivant avec le VIH dont la charge virale VIH est indétectable: une étude de la cohorte VIH suisse.    Open Forum Infectious Diseases

Grâce à l’efficacité des antirétroviraux, les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ont une espérance de vie très proche de la population générale. Cependant, le risque de faire un infarctus demeure augmenté chez les PVVIH, ceci surtout chez les personnes qui ne sont pas traitées contre le VIH. Le lien entre le VIH et l’infarctus s’explique par une augmentation de l’inflammation ainsi qu’une augmentation des facteurs pro-coagulant dans le sang. Lorsqu’une PVVIH a une charge virale VIH indétectable dans le sang, ces facteurs pro-coagulant et l’inflammation diminuent et donc, le risque de faire un infarctus diminue également.

Plusieurs études menées par Dr José Castillo (université du Colorado, USA) ont montré qu’une PVVIH qui n’a pas une adhésion parfaite au traitement anti-VIH aura des marqueurs d’inflammation dans le sang plus élevé qu’une PVVIH qui prend 100% de son traitement anti-VIH. A ce jour aucune étude n’avait analysé une cohorte qui récoltait des données sur l’adhésion au traitement anti-VIH, la charge virale VIH et les évènements cardiovasculaires (infarctus ou attaque cérébrale). C’est dans ce contexte, qu’une collaboration est née entre Dr Castillo et l’Etude de cohorte VIH suisse. L’étude visait à répondre à la question suivante: est-ce que l’oubli 1x/mois ou plus des médicaments anti-VIH rapportée par les PVVIH qui ont une charge virale indétectable, est associé à un risque augmenté d’infarctus ou de mortalité comparé à des PVVIH qui disent ne jamais oublier leurs médicaments (et qui ont aussi une charge virale VIH indétectable)?

Entre 2003 et 2018, 6’971 PVVIH sans antécédents d’infarctus, ont débuté un traitement anti-VIH et ont pu être étudié. Parmi eux, 205 (3%) ont souffert d’un événement cardiovasculaire (infarctus ou attaque cérébrale) et 186 PVVIH sont décédées en raison d’un évènement non cardiaque. Les PVVIH qui ont oublié 1 dose ou plus par mois d’antirétroviraux n’ont pas eu un risque statistiquement plus élevé de souffrir d’un évènement cardiovasculaire (comparées aux PVVIH avec une excellente prise de leurs antirétroviraux). En revanche le risque de décès pour des raisons non cardiaques était clairement supérieur en cas de moins bonne adhésion au traitement anti-VIH. Il était de 1.4 fois supérieure chez les PVVIH qui rapportaient 1 oubli par mois et de 2.2 fois supérieure chez les PVVIH qui rapportaient 2 oublis par mois.

La conclusion de cette étude est que l’adhésion au traitement anti-VIH a un rôle important non seulement pour maintenir une charge virale en-dessous du seuil de détection mais elle est aussi importante pour diminuer le risque de décès. Cette étude n’a, en revanche, pas pu prouver le risque augmenté d’infarctus en cas de moins bonne adhésion. D’autres études de plus grande taille avec un nombre plus élevés d’évènements cardiovasculaires devront être réalisées et possiblement avec une mesure de l’adhésion qui soit plus précise que l’autoévaluation par les PVVIH durant les 4 semaines qui précèdent leurs visites médicales.

PubMed