Lettre de remerciements
à l'occasion de la nouvelle année
Madame, Monsieur,
Nous tenons à vous remercier chaleureusement pour votre participation à l'Etude Suisse de Cohorte VIH (SHCS). Depuis son lancement en 1988, nous avons recueilli et analysé les données de plus de 16 000 personnes infectées par le VIH. Ces informations nous permettent de mieux comprendre la maladie et d'améliorer continuellement la prise en charge des patients. Vous êtes actuellement plus de 7500 à prendre part à l'étude, dont près d'un tiers de femmes. La grande majorité des participants (>85%) suivent un traitement médicamenteux.
Comme chaque année, nous aimerions vous faire connaître les principaux résultats obtenus sur la base de la SHCS, à laquelle vous apportez une contribution essentielle. Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez vous adresser à votre médecin ou au personnel soignant. Nous vous invitons aussi à consulter le site internet de l’étude (http://www.shcs.ch/).
Infection à VIH: plus qu'une maladie du système immunitaire
Au cours des derniers mois, il est apparu clairement que l'infection chronique à VIH n'atteignait pas que le système immunitaire. En l'absence de thérapie antirétrovirale, la production quotidienne de plusieurs milliards de virus entraîne l'activation de cellules inflammatoires, réaction qui affecte durablement le corps. L'infection peut ainsi causer une atteinte fonctionnelle au foie, aux reins, au système cardiovasculaire et aux os avant même que le SIDA ne se déclare. A l'aide des données recueillies dans le cadre de la SHCS, nous souhaitons à l'avenir pouvoir mieux appréhender et comprendre ces mécanismes.
Traitement efficace de l'infection à VIH en tant que maladie chronique
En 2009, plusieurs études ont par ailleurs montré que les médicaments antirétroviraux à disposition permettaient de traiter efficacement l'infection à VIH chez la plupart des patients. La prise régulière de ces médicaments réduit de manière drastique le risque de développer le SIDA. De plus, elle augmente fortement l'espérance de vie, au point que, pour un grand nombre de patients vivant avec le VIH, elle pourrait être comparable à celle des personnes non infectées.
Difficultés rencontrées lors du traitement de l'infection à VIH
Adhérence: les personnes connaissant une situation difficile ont plus de peine à suivre correctement le traitement anti-VIH (adhérence thérapeutique). C'est pourquoi nous estimons important de discuter des conditions de vie de nos patients avant le début d'une thérapie antirétrovirale. Deux enquêtes réalisées dans le cadre de la SHCS ont mis en évidence que les addictions pouvaient en particulier faire obstacle au succès du traitement. Les résultats montrent que l'abus d'alcool perturbe la bonne prise des médicaments. En revanche, il est apparu que les consommateurs de drogue par voie intraveineuse répondaient bien au traitement lorsqu'ils pouvaient retrouver une certaine stabilité dans le cadre d'un programme de substitution avec prescription de méthadone ou d'héroïne.
Effets secondaires à long terme: sachant que le traitement anti-VIH s'étend sur de nombreuses années, il nous paraît essentiel, dans le cadre de l'étude SHCS, de mieux connaître les effets secondaires à long terme. Nous avons donc complété notre questionnaire afin de mesurer plus précisément l'impact sur le foie, les reins, le système cardiovasculaire et les os. Ces données nous permettront à l'avenir d'affiner encore le traitement si nous constatons qu'un patient présente un risque accru de développer une maladie touchant ces organes. Nous cherchons également à savoir s'il existe un lien entre certains effets secondaires et des prédispositions héréditaires.
A quel moment débuter un traitement anti-VIH?
L'année dernière, une collaboration à grande échelle entre plusieurs études de cohorte, pour la plupart européennes, a permis de conclure qu'il était conseillé d'entamer un traitement anti-VIH dès que le nombre de lymphocytes CD4 tombait au-dessous de 350 cellules par microlitre de sang, même si le patient ne présentait pas encore de symptômes. Cette recommandation tient compte vraisemblablement des effets négatifs liés à la production quotidienne de milliards de virus que nous évoquions ci-dessus. Avec la participation d'experts de la SHCS, les directives européennes ont été révisées en conséquence et publiées en novembre 2009. La question de savoir s'il serait profitable de débuter le traitement encore plus tôt reste entière. Les connaissances acquises à ce jour ne permettent pas de juger si, à un stade très précoce, le blocage de la production de virus représente un avantage significatif par rapport aux inconvénients du traitement (effets secondaires et développement de résistance). Cette problématique est examinée par l'étude internationale START, à laquelle les patients suisses pourront également participer à partir de 2010.
Traitement de virus résistants, nouveaux médicaments
Grâce aux nouveaux médicaments mis sur le marché ces deux dernières années, il est aujourd'hui possible de traiter des virus qui résistaient aux traitements disponibles jusqu'à présent. Dans le cadre de l'étude de cohorte, nous avons analysé l'utilisation de ces médicaments auprès de nos patients et sommes désormais en mesure de les employer de manière plus ciblée et plus efficace. La plupart de ces nouvelles combinaisons thérapeutiques sont un peu plus complexes et demandent davantage de rigueur dans la prise des médicaments (adhérence au traitement). En ce qui concerne la problématique des virus résistants, une enquête exhaustive menée au sein de la SHCS a démontré que les cas de développement de résistance étaient moins fréquents aujourd'hui qu'il y a quelques années encore. Un bilan des plus réjouissant.
Mis à part les éléments susmentionnés, l'étude SHCS a permis d'obtenir bon nombre d'autres résultats importants, notamment sur les mécanismes à l'œuvre dans la restauration du système immunitaire des patients en traitement, sur leur réaction aux vaccinations, sur la conjonction hépatite chronique – VIH et sur le risque de développer un cancer chez les personnes infectées.
En participant à l'étude de cohorte, vous nous aidez grandement à relever les nombreux défis que pose le traitement à long terme de l'infection à VIH. Nous vous remercions vivement de votre confiance et espérons que celle-ci est récompensée par les progrès que nous réalisons pour adapter la prise en charge, donner des informations claires et améliorer sans cesse le traitement anti-VIH.
Nous vous adressons, Madame, Monsieur, nos meilleurs vœux pour 2010.